La mémoire a ses propres naufrages, silencieux et dévastateurs. Avec « Qu’est-ce qu’il me reste », Williams Elger signe un titre d’une profondeur bouleversante, mettant en scène un homme en maison de retraite qui confond les époques, attend sa femme partie chercher du pain, et ne reconnaît plus le visage de sa propre fille. Ce titre aborde avec une sensibilité rare la maladie d’Alzheimer, et ce qu’elle fait aux êtres et à ceux qui les entourent. Le texte, d’une théâtralité saisissante, plonge l’auditeur dans les méandres d’un esprit qui efface, qui brouille, qui oublie. Co-écrit avec Bruno T, produit par Sethos et Williams Elger lui-même, ce deuxième single extrait de l’album « Error » oppose la lumière éclatante des vingt ans à l’obscurité croissante de l’oubli, avec une précision chirurgicale qui donne la chair de poule. On comprend que derrière chaque vers se cache une vérité vécue : l’auteur a exercé comme auxiliaire de vie, côtoyant de près la brutalité silencieuse de cette maladie. « Si j’perds la boule, si j’perds la tête, mais dites-moi qu’est-ce qu’il me reste ? », lâche-t-il, et la question reste suspendue, comme une plaie ouverte. This is Riviera avait l’œil sur les talents qui comptent, et Williams Elger en fait définitivement partie.
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« Si j’perds la boule, si j’perds la tête, mais dites-moi qu’est-ce qu’il me reste ? » Williams Elger
« Error » : un album qui prend notre société à contre-pied
Le 17 avril, Williams Elger lâchera dans la nature « Error », un album de douze titres qui s’impose déjà comme l’un des projets les plus courageux de cette année. Le titre n’est pas choisi par hasard : il pointe chaque dysfonctionnement d’une société en roue libre, chaque bug d’une époque qui tourne mal. Guerre, harcèlement scolaire, dépendance aux réseaux sociaux, trahisons familiales, sans-abri, rêves abandonnés, mal-être professionnel, rupture amoureuse, drogue… Williams Elger, auteur-compositeur-interprète toulousain à la plume sans concessions, ne recule devant aucun sujet. Lui qui construit son univers depuis l’adolescence avec la rigueur d’un orfèvre et la sensibilité d’un poète, sait exactement où il veut aller : regarder la réalité en face, sans filtre ni artifice.
Musicalement, « Error » s’annonce comme un véritable terrain de jeux aux influences multiples et assumées. On y trouvera de l’électro, des clins d’œil à la grande chanson française à la Jacques Brel, des touches de rap, une incarnation théâtrale qui lui est propre, et de la pop française contemporaine, le tout assemblé avec une cohérence qui devrait fédérer bien au-delà des frontières d’un seul genre. Nourri par le rap et la chanson française depuis ses 14 ans, cet auteur à la voix profondément habitée prouve avec cet album qu’il a su digérer ses influences pour en faire quelque chose d’entièrement personnel. « Error » ne se contente pas de raconter des histoires : il tend un miroir à notre époque, et ce reflet n’est pas toujours confortable. C’est précisément ce qui en fait un album nécessaire.
La date du 17 avril approche à grands pas. Ne laissez pas passer « Error » sans l’avoir écouté.


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