Au château de Brangues, une table est dressée, un café se refroidit, et quelqu’un regarde sans qu’on le remarque. Pauline Paris signe avec « La Domestique » un deuxième extrait de son projet « Déjeuner(s) du Matin » qui confirme ce qu’on pressentait déjà : on a affaire à une plume singulière, capable de faire tenir tout un roman dans une seule chanson. Le clip, réalisé par Pauline Paris et Duncan Roberts, installe une atmosphère sixties feutrée où le quotidien d’une employée de maison devient le théâtre d’un désir tu, d’une présence invisible qui observe Madame s’effondrer en silence dans sa tour d’ivoire. Les arrangements portés par Prolonge la Nuit, avec la clarinette envoûtante de Nathan Kuperminc, tissent une toile sonore à la fois intime et cinématographique, quelque part entre la chanson réaliste française et le film en costume. « Monsieur s’en va, sans dire au revoir, c’est le moment pour moi de briser la glace » : une ligne qui dit tout d’une retenue sur le point de craquer. À découvrir sans tarder, comme le recommande This Is Riviera.
« Monsieur s’en va, sans dire au revoir, c’est le moment pour moi de briser la glace » Pauline Paris
Une femme-orchestre et neuf façons de déjeuner
Pauline Paris est l’une de ces personnalités que la scène française garde jalousement pour elle depuis trop longtemps. Autrice-compositrice, guitariste, comédienne et drag king, elle cumule plus de 700 concerts à son actif, de la Maroquinerie à Paris aux salles de Berlin, Moscou ou Vienne. Quatre albums, un livre cosigné avec Lou Lootgieter, Les Dessous Lesbiens de la Chanson, et une réputation scénique saluée par France Culture, Ouest France ou Le Monde : le palmarès parle de lui-même. Mais c’est avec « Déjeuner(s) du Matin » qu’elle signe sans doute son projet le plus ambitieux et le plus personnel. Tout part d’un poème de Jacques Prévert, mis en musique par Joseph Kosma et interprété par Marlene Dietrich en 1959, dont l’interprétation parlée et l’atmosphère cinématographique ont littéralement hanté Pauline Paris au point de lui donner envie d’en faire un film. Le résultat : neuf titres, neuf clips, neuf personnages, chacun portant son propre regard sur une même scène du petit matin.
Tourné intégralement au château de Brangues, ce projet queer et élégant dévoile au fil des extraits une intrigue amoureuse secrète nichée dans les sixties, époque où l’homosexualité était encore réprimée par la loi en France. Pauline Paris y incarne tour à tour Monsieur, la Domestique, Madame, et même une petite cuillère. Un objet rare, entre album et long-métrage, qui s’annonce comme l’une des propositions les plus singulières de la chanson française cette année. « Déjeuner(s) du Matin » mérite qu’on lui réserve la meilleure place à table.
– – –
Rejoindre Pauline Paris sur les réseaux…
